Pour un monde solidaire

liberationLibération. 23 Mai 2011. Par Stéphane Hessel et Sacha Goldman

Par Stéphane Hessel ambassadeur de France, corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme, Sacha Goldman Collegium International

Il est difficile d’échapper aux alertes annonçant les périls menaçant l’humanité et sa survie sur l’unique planète où elle sait vivre. Mais cette rhétorique ne doit pas se substituer à l’analyse des défis spécifiques auxquels nous sommes confrontés.

Il faut d’abord constater et combattre le manque d’impulsion éthique dans les lieux de pouvoir : les multinationales, plus puissantes que bien des Etats, en sont totalement dépourvues ; l’Union européenne qui pourrait jouer un rôle innovant sur la scène mondiale n’a pas encore atteint l’unité et l’efficacité qui la hisserait au niveau de ses prétentions ; les Nations unies, qui avaient fixé des objectifs susceptibles de répondre aux besoins des sociétés humaines du nouveau siècle, sont encore privées du soutien résolu de ses Etats membres les plus importants ; elles pâtissent de l’absence de contrôle juridique effectif qui conférerait aux normes qu’elles proposent un pouvoir réel de régulation.

L’autre défi, et peut-être le plus difficile à combattre, est la croissance du fossé entre les scandaleusement riches et les effroyablement pauvres : une fraction croissante de nos contemporains est hors d’état d’exercer ses droits civils, politiques, sociaux et culturels fondamentaux contrairement aux promesses de la communauté internationale telles formulées par la charte de 1945 et explicitées par la Déclaration universelle de 1948.

Il nous faut d’urgence retrouver l’esprit qui animait alors les travaux des Nations unies sous l’égide du président Franklin Roosevelt. Il exige de mobiliser un sens de la responsabilité tel que l’ont manifesté des hommes et des femmes d’Etat comme Václav Havel et Mary Robinson, des philosophes comme Hans Jonas, Jürgen Habermas et John Rawls ou des économistes comme Amartya Sen et Joseph Stiglitz. Ces voix peuvent être relayées par les réseaux mondiaux d’associations citoyennes, qui s’y emploient déjà et dont il faut conforter et accroître les efforts.

Mais les décisions des exécutifs politiques sont indispensables pour traduire en actes ces orientations. C’est pour cela que le Collegium International a été conçu, afin que des hommes et femmes d’Etat se rencontrent et échangent sur un pied d’égalité avec des scientifiques, des philosophes et des économistes. Max Weber avait d’ailleurs souligné l’impossibilité de tenir ensemble les deux vocations, le savant d’un côté et le politique de l’autre. Il faut aujourd’hui dépasser cette opposition : dans une crise extrême naît un réflexe de salut nécessaire où les deux dimensions doivent travailler ensemble. C’est autour de cette idée qu’est né l’appel pour la création du Collegium, quelques mois avant l’attaque des tours jumelles de New York. Les textes ici présentés appellent à sortir de la crise grâce à un monde interdépendant et solidaire.

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