Une manière d’agir

goldman portraitSacha Goldman

Septembre 2001

 

Une crise sans précédent embrase tous les domaines de l'action et de la réflexion de l'homme aujourd'hui. Cette crise se caractérise par l'avènement de questions décisives qui s'imposent, mais restent éludées ou ignorées par les instances décisionnaires. Dans la crise généralisée, en appeler trop souvent à la vigilance, c'est courir le risque grave que ces appels se vident de leur sens, en devenant redondants. Jamais encore jusqu’à aujourd'hui la nécessité d'une rencontre et d'une coopération active entre hommes d'État, scientifiques et intellectuels de notre temps ne s'était imposée avec une telle acuité. Il est donc crucial que nous traitions, de manière ouverte, non dogmatique et désintéressée, de nombreuses questions qu'il nous faut poser pour le bien de l'humanité : Comment penser la survie de la biosphère ? la révolution de l'information ? la puissance économique et financière dans le cadre complexe de la globalisation ? les rapports entre le développement individuel (éducation) et le développement collectif (politique) ? La nécessité d'initiatives, au niveau mondial, de la société civile ?

I. Deux raisons décisives nous conduisent à agir

1. Tout d'abord vient le constat des énoncés dramatiques qui marquent notre monde en mutation. Qui ne peut s'apercevoir que nous assistons à des transformations profondes, complexes et révolutionnaires, qui nous font perdre tous nos repères, et qui perturbent complètement le sens de nos recherches et de nos actions ? Nous parlons de cette ' gravité sans précédent, des problèmes qu'affronte aujourd'hui l'humanité et qui mettent en cause sa survie à l'échelle de quelques générations ' comme nous le dit Michel Rocard. Et Jacques Robin ajoute : ' Si l'on plaque, comme on le fait actuellement, la mutation informationnelle sur l'économie capitaliste de marché, on en voit les dégâts : mondialisation sauvage, rôle décisif des marchés financiers, de la corruption, division des individus entre gagnants et perdants, contrôle des esprits pour la glorification de l'économisme et de la compétitivité forcenée. S'y ajoutent l'intense agression de la nature, avec les changements climatiques accélérés, l'effet de serre, les pollutions globales qui ruinent la santé des humains et sans doute leur patrimoine génétique. '

2. Ensuite vient le constat d'un désintérêt généralisé face à ces problèmes : une sorte de 'laisser-aller', marqué par l'absence de considération donnée à tous ces sujets ; ces derniers sont repoussés comme redondants, et souvent taxés de 'pessimisme' ou de 'catastrophisme'. II. Une rencontre Une initiative s'est développée depuis des années au sein d'un groupe d'intellectuels à Paris (Jacques Robin, Edgar Morin, Michel Rocard, Henri Atlan, René Passet, et bien d'autres). Le Président de la République de Slovénie, Milan Kucan, a exprimé son intérêt à soutenir et à s'associer à ce travail de réflexion. L'action amorcée lors de la première rencontre à Bled (22 mars 2001) et développée lors de la réunion élargie (début octobre 2001), est structurée en groupe de travail formel en janvier 2002. Le groupe initial, constitué de philosophes et de spécialistes des questions économiques et scientifiques, sera complété par d'autres personnalités. Sont conviés : Benjamin Barber, Wolfgang Sachs, Jürgen Habermas, Manuel Castells, Amartya Sen, Joseph Stiglitz et bien d'autres. Des hommes politiques, chefs d'État et membres de gouvernement, sensibles à la situation actuelle et alertés par la gravité des sujets traités, se rattachent à cette initiative. Aux côtés du Président de la Slovénie Milan Kucan et de Michel Rocard, initiateurs du réseau.

III. Une triple spécificité

1. Rarement, ou jamais, les décisionnaires politiques et les intellectuels n'agissent ensemble dans un cadre formellement établi. La signature commune pour une action de longue durée entre les chefs de l'exécutif politique et les autorités intellectuelles et morales marque une volonté d'agir sans précédent face à une situation jugée extrême.

2. Une relation avec les Nations unies est envisagée mais reste à définir. Une coopération avec des instituts de sondage d'opinions se met en place au niveau mondial. Ainsi, la première ligne de la Charte des Nations unies ' Nous les peuples… ' prendra progressivement le relais de la routine établie de ' Nous, les gouvernements… '.

3. La perte de crédibilité des médias sera prise en compte à travers la création d'une plateforme de WebTV. Son objectif sera de traiter en profondeur les questions décisives du monde contemporain, en toute responsabilité intellectuelle et éthique. Toute action est fondée sur des concepts qui lui servent de 'boîte a outils'. S'appuyant sur une analyse lucide de la modernité, telle que Jürgen Habermas la démontre, la tâche philosophique de médiation de la rationalité demande à être réévaluée, n'étant pas seulement possible, mais essentielle.

IV. Think-link

Nous éviterons le fonctionnement à la mode des 'think tanks', devenus une véritable industrie de Washington. À la différence des philosophes du roi et autres analystes commandités, qui se comportent en véritables mercenaires du savoir, nous préférons mettre en place un réseau de la pensée ('think link'), ouvrant un tiers-espace bâti sur le dialogue et le respect de la complexité des problématiques traitées.

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