Nous les humains

rocard portraitMichel Rocard

Mai 2011

 

Nous les humains sommes apparus et nous sommes développés sur la troisième planète du système solaire.

La terre qui nous héberge est dans l'état actuel des connaissances la seule planète connue à abriter des êtres humains et probablement la seule à abriter la vie.

Les conditions qui ont rendu la vie possible, et notamment la notre, sont nombreuses : une régulation équilibrée du climat grâce à l'effet de serre, de l'eau en grande quantité, tant salée que douce, et d'immenses ressources naturelles minérales, végétales et animales.

Ce patrimoine nous est commun.

Déjà la croissance de notre nombre nous met en demeure d'harmoniser notre art de valoriser les ressources avec celui-ci.

Puis le temps est venu où notre activité met en en péril les conditions nécessaires à la vie.

Nous nous sommes organisés depuis l'origine en groupes distincts selon la couleur de peau, la langue et la religion. Puis nos groupes, souvent en se regroupant entre eux, ont créé des nations. Chacune est propriétaire d'un territoire qu'elle gère à sa discrétion absolue. Notre organisation collective reconnaît la nécessité d'un pouvoir sur les humains pour établir parmi eux l'ordre et le droit. Elle ne reconnaît cependant un tel pouvoir qu'aux nations, avec la liberté pour chacune d'elles d'en décentraliser l'exercice, mais sans qu'aucun pouvoir ne s'impose à elles, pas même pour gérer notre habitat commun.

Or nous nous sommes donnés un système d'organisation matérielle que très largement nous partageons tous. Il n'a ni commandement ni même régulation commune. De graves dérèglements récents appellent à combler ce manque.

De plus l'impétuosité de ce système nous a fait consommer certaines de nos ressources plus vite qu'elles ne peuvent se renouveler. Nos générations contemporaines sont de ce fait les premières à menacer la vie de celles qui nous suivront.

La même impétuosité produit des déchets et des pollutions qui dépassent nos possibilités de les détruire.

La même impétuosité toujours met en cause présentement la stabilité de notre climat, faisant ainsi peser une menace mortelle à terme pour notre espèce et pour la vie.

Pour toutes ces raisons il faut bien reconnaitre notre interdépendance mutuelle.

Le nécessaire changement passe par la régulation commune de notre habitat, la planète terre, ses habitants, sa nature et son atmosphère.

Sous la condition que chaque nation et chaque peuple soit représenté, entendu et respecté, acceptons qu'une ou plusieurs autorités en charge de la régulation écologique de la planète, et de la circulation des ressources parmi les hommes, aient la possibilité d'arrêter des mesures contraignantes à ces fins.

Engageons nous à oeuvrer à la construction de telles institutions et renonçons à objecter , au nom de notre souveraineté, à toute mesure défendant l'intérêt général de l'humanité à l'encontre d'intérêts nationaux contraires, même s'ils sont légitimes.

Michel Rocard

FaLang translation system by Faboba